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Les usages et les symboliques sociales du vin au XVIIème siècle

Histoire

Au XVIIe siècle, les vins consommés sont différents d’un groupe social à l’autre. Si les paysans doivent se contenter le plus souvent de vins blancs acides et le peuple des villes de vins rouges grossiers coupés avec de l’eau chez eux ou au cabaret, la noblesse se délecte de vins de liqueurs de Madère, de Malvoisie, de Chypre ou des vins renommés de Bourgogne.

Il est intéressant de rappeler que cette différenciation sociale s’appuie largement sur le discours médical. On considère en effet à l’époque que les vins rouges conviennent mieux aux estomacs robustes du peuple et que les vins les plus délicats ou les vins clairets sont mieux adaptés aux goûts des élites du Grand Siècle en France et en Europe. Le Thrésor de santé ou mesnage de la vie humaine (1607) rappelle ainsi, en vertu des théories humorales qui guident alors la médecine et les choix alimentaires, que chacun doit boire le vin qui correspond à son état : les clairets « sont convenables à ceux qui vivent délicatement » ; le vin noir « profite aux vignerons et laboureurs : car étant une fois digéré par la force de l’estomac et du travail, il donne plus ferme et copieux aliment et rend l’homme plus vigoureux à la besogne ». La médecine inscrit ainsi parfaitement cette symbolique du vin dans les principes d’une société d’ordre.

A la fin du siècle, cette distinction évolue néanmoins puisque les élites s’orientent vers des vins rouges de garde plus tanniques à l’instar des new french clarets des Graves ou du Médoc ; l’aristocratie affiche également son prestige à travers la consommation de vin rafraîchis à la neige ou à la glace comme les vins mousseux de Champagne, éloignant peu à peu les usages sociaux du vin des règles de l’ancienne diététique.

Philippe Meyzié, Université Bordeaux Montaigne, CEMMC-IUF